Monsieur B: les pronoms – Enquête sur « des voix dans la tête »

http://www.interzoneeditions.net/MonsieurB.htm

© Isabelle AUBERT-BAUDRON

Extrait de « Psychiatrie : le Carrefour des impasses »

à paraître chez Interzone Editions

(La retranscription de l’enregistrement contenue dans ce chapitre a été réalisée pour la première fois en anglais, en 1982, pour William Burroughs, qui s’intéressait aux discours des schizophrènes entendant des voix dans leurs tête, et effectuait une recherche sur les voix enregistrées par Constantin Raudive et les travaux de Julian Jaynes sur l’esprit bicaméral: voir les chapitres Ça appartient aux concombres : au sujet des voix enregistrées de Raudive, Essais, tome I, 1981, et Freud et l’inconscient, Essais, tome II, 1984, Christian Bourgois Editeur.)

            Monsieur B était un homme d’une cinquantaine d’années. De taille moyenne, il était vêtu au fil des ans d’une veste chinée défraîchie à dominance beige et de pantalons de costume dépareillés. Ses cheveux gris clairsemés étaient coiffés en arrière. Il portait souvent, été comme hiver, un feutre marron.

            Il était arrivé à l’hôpital dès l’ouverture de ce dernier, flanqué de l’étiquette de schizophrène. L’asile départemental où il était interné depuis une quinzaine d’années l’avait transféré dans le cadre de la sectorisation pour qu’il soit rapproché de sa famille. Il avait en effet une femme et deux filles qui habitaient dans les environs, mais n’avaient jamais donné signe de vie depuis son arrivée.

            Les premiers temps, l’hôpital étant ouvert, il avait tenté quelques promenades à pied jusqu’à la ville, promenades qu’il agrémentait d’une halte dans un café pour y boire un verre de vin. A son retour dans le service, il se reprochait tellement son attrait pour les boissons alcoolisées, bien qu’il n’eût jamais bu au point d’être ivre, qu’il mit un terme à ses sorties.

            Depuis, il se cantonnait dans l’enceinte de l’hôpital. Les jours de beau temps, il allait prendre le soleil sur le parking. Ses activités se bornaient à la fréquentation de la cafétéria et à la rédaction de quelques rares articles destinés au journal intérieur à l’établissement dont il gardait précieusement un exemplaire de chaque numéro dans sa chambre. Il en possédait la collection complète. Il finit par interrompre cette occupation et, s’il continuait à acheter le journal, il en cessa la lecture, disant que, comme il ne lisait pas tous les articles, il redoutait la vengeance de ceux qu’il négligeait, leur attribuant une vie et une volonté propre.

            Sa propension à boire du café avait engendré entre le personnel et lui des relations basées sur le contrôle de sa consommation de cette boisson. Comme d’autres hospitalisés, il l’utilisait pour combattre les effets de ses médicaments et emplissait généralement son bol d’une quantité de café égale sinon supérieure au volume d’eau. Devant les limites qui lui étaient posées, il réagissait par de faibles protestations, puis s’en allait en marmonnant, l’air résigné, regagnant sa chambre ou le radiateur du service auquel il s’adossait, observant les allées et venues et chantonnant de temps à autres. Sa discrétion et sa docilité en avaient fait un des oubliés du service. Ses relations avec les psychiatres se bornaient à une poignée de main quotidienne.

            Il entretenait avec les autres hospitalisés des contacts la plupart du temps courtois; avec certains il évoquait son passé dans l’armée, la deuxième guerre mondiale qui l’avait entraîné en Allemagne puis en Tunisie, bien avant ses premières relations avec la psychiatrie. Il ne supportait cependant pas que d’autres outrepassent les limites qui lui étaient fixées en matière de consommation de café et n’hésitait pas à dénoncer les éventuels goulus au personnel présent, adoptant la mimique d’un enfant cafteur : « Monsieur, il y a Untel qui boit tout le pot de café dans la cuisine! »

            Monsieur B était un homme poli, déférent même. A l’égard du personnel il adoptait l’attitude du subalterne devant son supérieur hiérarchique, la tête penchée en avant, le regard rivé au sol, n’omettant jamais de terminer ses phrases par un respectueux « Monsieur » ou « Madame ».

            Des petits faits de la vie courante, qui paraîtraient insignifiants à la plupart des gens, tenaient pour lui une grande importance. Fumeur, il lui arrivait de solliciter ou de donner du feu. A chaque fois il notait scrupuleusement sur un petit carnet le nom de la personne avec qui il avait eu cet échange et lui en rendait compte régulièrement : « Vous me devez, ou, je vous dois X fois du feu. » Quand son interlocuteur s’en étonnait, il répondait en disant que le fait de donner du feu n’était pas négligeable, qu’un sou est un sou, que les bons comptes font les bons amis et qu’il ne voulait pas devoir quoi que ce soit à quiconque.

            Il passait ses journées à réfléchir et à observer. Il s’exprimait peu. Je l’entendis une fois parler de son épouse. Il n’avait jamais cessé de l’aimer et, bien que très peiné du fait  qu’elle ne lui donne pas de nouvelle, il l’en excusait,  attribuant son silence à sa maladie : « Je ne suis qu’un pauvre fou. », disait-il. Il avait recouvert les murs de sa chambre de phrases écrites au crayon de papier dédiées à sa femme : « J’aime plus que plus que des trilliards de fois Madame B. » Un jour elle demanda le divorce et l’obtint, sans avoir revu son mari.

            Monsieur B. s’était retiré du monde des vivants et les propositions qui lui étaient faites de promenades ou de sorties au cinéma se heurtaient immanquablement à un refus : « Non, madame, je ne peux pas y aller, mes pronoms ne sont pas d’accord. » Je tentai plusieurs fois d’en savoir plus, lui demandant des explications sur ces mystérieux pronoms, sans succès. Il bredouillait alors quelques phrases inaudibles et s’en allait en chantonnant, coupant court à la conversation. Aucun soignant ne savait exactement ce qu’ils représentaient pour lui, si ce n’est qu’ils semblaient jouer un rôle négatif. Un jour, alors que je lui présentais ses médicaments, il me dit : « Ce n’est pas moi qu’il faut soigner, madame, ce sont mes pronoms. » Puis il s’éloigna, l’air préoccupé.

            J’aimais bien Monsieur B.. J’appréciais sa courtoisie et m’efforçais de m’adresser à lui avec une égale politesse. Quant aux limites que ma fonction d’infirmière m’intimait de lui poser, je les lui expliquais en prenant en compte son état de santé. Bien que peu convaincu, il était content que je mette les formes et répondait en hochant la tête, l’air résigné : « Je comprends, madame, je comprends. » Quand je prenais mon travail, il quittait son radiateur pour venir me donner une poignée de main et, soulevant son chapeau de l’autre, il ne manquait pas d’accompagner son salut d’une révérence que je lui rendais. Son visage s’animait alors d’une expression de connivence amusée. Après plusieurs années, nous entretenions des relations tacites de respect mutuel et de complicité.

            De temps en temps, il venait dans le bureau le soir après le dîner alors que je compulsais ou remplissais des dossiers et que les autres personnes étaient couchées ou regardaient la télévision. Il s’asseyait et, échangeant parfois quelques mots de l’ordre du passe-temps, passait une heure en ma compagnie. Je lui proposai de profiter de cette heure creuse pour discuter un moment  avec lui comme il m’arrivait de le faire avec d’autres hospitalisés, et lui dis que je me tenais à sa disposition au cas où il désirerait m’entretenir de sujets qui lui tenaient à cœur.

            Un beau soir, il entra dans le bureau et, de son ton de rapporteur, il dit : « Madame, il y a un de mes pronoms qui ne veut pas croire que le pape est polonais. » C’était la première fois qu’il me demandait d’intervenir dans son domaine. Je décidai de jouer le jeu et, rentrant dans le rôle de l’inspecteur  recueillant la déposition du plaignant, je résolus d’enquêter sur les fameux pronoms. J’enclenchai le magnétophone que je portais avec moi de temps en temps. La conversation qui suit est la fidèle retranscription du dialogue que nous eûmes alors. C’est, à ma connaissance, la première fois que Monsieur B. accepta de livrer des explications détaillées sur ce qu’il vivait et de dresser une carte de son territoire intérieur.

* * *

Monsieur B : les pronoms

(en raison de la longueur de la retranscription de l’enregistrement, lire la suite dans le site d’Interzone Editions)

Isabelle Aubert-Baudron: Révision de « De la manipulation des symboles: les « valeurs », « évaluation » et « identité »

©Jean-Louis Baudron: Le Monolithe Intraduisible 260518

L’article De la manipulation des symboles: les « valeurs », « évaluation » et « identité », (2013 et 2014), a été revu, et mis en ligne en pdf dans le site d’Interzone Editions à http://www.interzoneeditions.net/Delamanipulationdessymboles.pdf
© Isabelle Aubert-Baudron.

Jean Azarel: Meilleurs voeux et actualité

Bonjour à toutes et tous, 

Très bonne année pour vous, et celles et ceux qui vous sont chers
Que la santé, le bonheur d’aimer et de créer vous accompagnent tout au long de 2014
 
Après 5 ans de travail, j’ai terminé « Waiting for Tina », 300 pages de documents, interviews, photos inédites, la trajectoire d’une femme unique sous forme de bio romancée qui doit maintenant trouver un éditeur (c’est en cours) pour perpétuer la mémoire de Tina Aumont, fille de Jean-Pierre Aumont et Maria Montez.
 
Une autre publication est certaine, grâce aux fidèles éditions Gros Textes, « Love is everywhere », recueil hommage à mon ami poète marin pêcheur Alain Jégou disparu en 2013. Elle me permettra de démarrer un cycle de lectures qui lui sera dédié, choix de ses textes compris, concomittamment je l’espère à la sortie de son ouvrage posthume « Direct live »
 
Et puis, afin de ne pas m’ennuyer, j’ai entrepris, elle a dit oui !, de raconter la vie qui est un roman de Lu Pélieu, première femme de Claude Pélieu, mais surtout femme libre encore et toujours (bises), un périple qui nous mènera du Paname de Saint Germain des Prés au Paris d’aujourd’hui, via une ferme en Côte d’or, le swinging London, la route, la Californie, un hameau hippie dans le Var, le jazz et le rocck, toutes les causes des peuples, plein d’histoires d’amour et parfois de haine, n’en jetez plus la coupe sera pleine….
 
Et puis, chut, d’autres surprises littéraires, sont dans les tuyaux, faisons un voeu !
 
Bien à vous
 
Jean

Charley Plymell et Gerard Malanga, photos de Paul Hennessy: sortie de « Benzedrine Highway ».

© Paul Hennessy 

More photos by Paul Hennessy at http://www.phennessy.com/

Photos prises par Paul Hennessy , photographe à Orlando, Floride, le 8 novembre 2013 à la Jefferson Market Library à NYC, lors de la lecture poétique donnée par Charley pour la sortie de son livre, « Benzedrine Highway ». Gerard Malanga a présenté Charley et a lu également plusieurs de ses poèmes.
 
 
La photo of de l’annonce de l’événement a été prise dans le hall de la bibliothèque.
 
  
Charley Plymell
 
 
 
Charley et Miriam Linna, l’éditrice de Charley à Kicks Books
 
 
 
   
Gerard Malanga
 
 
 
 La photo de l’étagère a été prise le même jour à la librairie The Strand à NYC
 
 
 
 

Jean Azarel: Que la note soit ZALée ! Zone d’Autonomie Littéraire 2013 – SQUEEZE – interview Jean Azarel

Bonsoir,

En espérant avoir le plaisir de vous voir samedi 23 salle Pétrarque à Montpellier, passage à 2O H : http://www.youtube.com/watch?v=1FzcfmH0l44

Ou un de ces jours prochains pour la sortie de « Waiting for Tina »

Bien à vous toutes et tous 

Jean

 Retrouvez lors de la ZAL 2013 à 20h, Jean Azarel + KERITY : Textes aspirés + Musique inspirée  

–Zone d’Autonomie Littéraire– 

 ZAL du 23 NOV 2013 salle Pétrarque à MONTPELLIER – Entrée libre.

 Organisée par http://www.revuesqueeze.com

 Evènement Facebook ici : https://www.facebook.com/events/407331426038287/?ref=23

 9 heures de scène continue autour du texte, de 14H à 23H, d’ouvrages venus d’ailleurs, de rencontres improbables, de performances hétéroclites, de lectures audacieuses et de cocktails à la louche : la Zone d’Autonomie Littéraire convoque les écrivains en place et les auteurs en devenir, les grands et les petits lecteurs, les passionnés de tout poil et encore plus de curieux, pour taper sur les clous de la création littéraire et repousser le bord des horizons.

 — Jean Azarel —

 http://www.autour-des-auteurs.net/fiches/azarel.html

 http://jeanazarel.bandcamp.com

 

Interzone Editions: Publications

Une expérimentation d’une économie non-aristotélicienne

E-books

En français:

Isabelle AUBERT-BAUDRON:

Des systèmes de contrôle: à paraître

Le Carrefour des Impasses : en cours de publication, ancienne version en ligne.

Revue Objectifs : Objectifs 1 , Objectifs 2 , Objectifs 3 , Objectifs 4 , Objectifs 5 , Objectifs 6, Objectifs 7

Traductions d’extraits de Science and Sanity d’Alfred Korzybski. Translated with the permission of Alfred Korzybski Literary Estate.

 Anthologie d’Interzone:

Le Temps des Naguals: Autour de Burroughs et Gysin: également disponible en version imprimée (Interzone Editions): 135 pages.

En anglais :

 Interzone anthology: The Time of the Naguals : en ligne en format pdf.

En version imprimée chez Interzone Editions

Sciences humaines:

Alfred KORZYBSKI: SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937: Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College – Traduction: Isabelle AUBERT-BAUDRON- ISBN 978-2-9531513-05.

 Littérature et recherche:

Le Temps des Naguals – Autour de Burroughs et Gysin , une anthologie du réseau Interzone, textes inédits de William Burroughs et Brion Gysin, traductions Isabelle Aubert-Baudron. ISBN : 978-2-9531513-6-7

 Conte pour enfant:

Stella Matutina, textes et illustrations de Marylis : conte de Noël

en français ISBN 978-2-9531513-3-6

Stella Matutina, traduction anglaise: Isabelle AUBERT-BAUDRON & Paul O’DONOVAN – ISBN 978-2-9531513-4-3

Bande dessinée :

José ALTIMIRAS & François DARNAUDET:

Le Taxidermiste ISBN 978-2-9531513-1-2

The Taxidermist : Traduction anglaise Isabelle AUBERT-BAUDRON et Ken GAGE – ISBN 978-2-9531513-2-9

 A paraître :

DE TAXIDERMIST – Traduction hollandaise: Peter VAN DE LEUR. 

Musique 

Interzone: Interzone CD1

Paul O’DONOVAN : The Happylands and Elsewhere

 

Marie Martin-Pécheux : “BIOÉCONOMIE ET SOLIDARISME – POUR UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DE LA VIE »

A lire d’urgence le livre de Marie Martin-Pécheux :

BIOÉCONOMIE ET SOLIDARISME – POUR UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DE LA VIE
D’un monde « libéral » à un monde libéré”.
Préface d’Albert JACQUARD.