Vœux de Jean Puijalon

À fin d’année,
Voici le compte à rebours du Nouvel An 2013 !
Il était une fois un petit village qui portait le curieux nom de Faimdamnée. Personne ne savait d’où venait ce nom qui était bien la seule curiosité du village. Alors qu’il ne comptait qu’une trentaine de familles et pas de quoi fouetter un chat, il y avait quand même un château fort qu’avaient construit les ancêtres de Monsieur le Comte actuel, dernier descendant de la noble famille des Harebours. Celui ci l’habitait effectivement.
De l’autre côté du village et à la lisière de la forêt, une petite abbaye n’était plus habitée que par un vieux moine, le Frère Miltrez, aussi breton que bourru, qui vivait sur les réserves du potager et du verger. Il savait aussi faire du pain lorsque les gens du village lui apportaient de la farine et du pâté pour manger avec, dans les grandes occasions.
Le dernier jour de chaque année, pour fêter le Nouvel An, les Harebours avaient pour tradition d’offrir un grand repas à tous les habitants du village, dont les impôts contribuaient quand même un peu à leur confort d’existence, il faut bien le dire. Comme chaque année au cours du repas, Monsieur le Comte demanda à l’assemblée de ses concitoyens, qui s’étaient tous bien habillés, si quelqu’un connaissait l’origine du nom du village.
Sa question surprit tout le monde. Pas par sa nouveauté, bien sûr, mais plutôt parce qu’année après année, il continuait à la poser, sans se lasser. Cet entêtement-même était surprenant. Les gens avaient l’habitude de vivre à Faimdamnée et cela leur suffisait. Pourquoi donc chercher à comprendre ce qui n’a pas besoin d’être compris puisque c’est déjà là et qu’on vit dedans, n’est-ce pas ?
Sauf le Frère Miltrez et pour deux motifs : son travail de moine l’entraînait à vivre les activités du monde ordinaire, pâté de lapin compris d’une part, mais aussi dans les réalités du monde intérieur, d’autre part. « Quand on est moine, on n’est jamais dérangeable, disait-il. Ceux qui viennent me rendre visite ne peuvent pas me prévenir de leur arrivée et je n’ai pas d’emploi du temps. En vérité, c’est le temps qui m’emploie ! » Les gens avaient l’habitude ; ils ne cherchaient pas vraiment à comprendre ce qu’il disait. Ils l’écoutaient parler comme une sorte de musique. C’était moins fatigant.
– Si vous me permettez, Monsieur le Compte, j’ai peut-être une réponse. Cette année, j’ai fait quelques recherches… que je vous ai apportées.
Et le moine vint offrir à Monsieur le Comte Harebours une boite qu’il lui remit cérémonieusement. Ce dernier l’ouvrit et son sourire se transforma en surprise amusée.
– Monsieur le moine, j’ai bien l’impression que cette boite est vide.
– Monsieur le Comte, il serait plus juste de dire que vous la voyez vide.
– Serait-ce trop vous demander de bien vouloir m’expliquer ?
– Je le ferai volontiers, Monseigneur. Et je peux le faire parce que nous vivons tous ici, et vous et moi, grâce à une curieuse activité invisible que nous appelons l’esprit. À force d’observer mon esprit, j’ai constaté qu’il fonctionne comme le ‘vide’ qui se trouve dans cette boite. Si je veille à employer cette boite en conscience, je peux l’utiliser dans toutes les occasions de la vie ordinaire, et il y en a beaucoup ! Si je la perds de vue intérieure de conscience, elle devient comme un village déserté par ses habitants. Les herbes, les ronces et les arbres l’envahissent ; le vent, la pluie et les voleurs détruisent rapidement les rues et les maisons. Et le village s’appelle alors « Abandon ».
– Frère Miltrez, il n’y a ici que des gens ordinaires, intervint le Comte. Votre parabole semble bien loin de ma question !
– Je n’ai pas terminé, Monseigneur. Le sentiment d’abandon provoque la sensation du « Manque ». Si j’ai faim ou soif en conscience, je me sers de ma boite vide comme il faut et tout va bien. Si je laisse les ‘choses ordinaires’ se produire, ou si j’ignore qu’elles se produisent ainsi, ce Manque se transforme en Désir que jamais rien ne pourra satisfaire, ce qui laisse mon village intérieur en état d’abandon et mon esprit en état de souffrance.
– Et quel rapport ai-je, moi, avec votre belle histoire ?
– Depuis votre jeune âge, Monseigneur, on vous a transmis cette question que vous posez à chaque fois que reviennent l’hiver et l’époque de ce repas que vous nous offrez ce soir. La sensation de faim ne fabrique pas de souffrance.
Avez-vous remarqué que dans le mot « manque » se cache l’opposé de plénitude, un autre mot ? La souffrance commence avec les interprétations des mots qui possèdent notre esprit comme des démons, lorsque notre conscience perd de vue ou ignore son existence… Peut-être est-ce là le sens de Faim Damnée…
– Et pourquoi, Monsieur le moine, m’offrir une boite vide ?
– Ce n’est pas ce que j’ai fait, Monsieur le Comte. Je vous ai offert du vide en boite. La boite ordinaire est trop petite pour contenir la conscience ; mais elle nous rappelle que chaque fois que notre conscience cesse de l’utiliser, c’est la souffrance qui possède notre ‘esprit ordinaire’.
– Frère Miltrez, voilà qui rend cette soirée de Nouvel An très symbolique !
– Monsieur le Comte, notre esprit sait aisément jouer avec les mots. Il est plus difficile d’apprendre à jouer avec notre esprit. Le Nouvel An n’existe… qu’avec les mots de notre esprit, comme un symbole, n’est-ce pas ?
 
 
À Faimdamnée,
C’était le Comte Harebours du Nouvel An de Miltrez.
Meilleurs Vœux
Intérieurs et extérieurs du Moineau Nez Rouge !
 
Prochaine ClownMéditation® du Moine au Nez-Rouge
à Atelier Z le 29 Janvier 2103 !
Jean Puijalon , le 1er janvier 2013

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