Mark Hachem Beirut: Etude sur l’œuvre de Ricardo Mbarkho Des pixels ou les improbables flots d’émotions par Alain Tasso

 mark hachem

RICARDO MBARKHO

FINE PIXELS

May 15- 29, 2012

Etude sur l’œuvre de Ricardo Mbarkho

Des pixels ou les improbables flots d’émotions
par Alain Tasso

Désormais la technologie avancée, en profusion… Tout notre rôle se restreint à dialoguer avec l’autre par l’intermédiaire de la machine. Tous acculés à presser quelques boutons, toujours les mêmes, pour survivre. Encore une fois !? L’émotion, le sensible, rangés dans les étagères de quelques réminiscences encore possibles… Malheureuses vicissitudes du XXe siècle qui ont mené l’homme du présent à devenir l’humilié, l’esclave de la machine, c’est-à-dire de l’insensible !
Un monde où « l’Art », jadis « conscience nationale », se confine dans le concept afin de mieux réfugier son absence. Un concept qui, de par son objectivité, ne peut transmettre que l’ontologie de la chose mise en spectacle. C’est cette même chose qu’on aurait pu un jour intégrer dans le catalogue raisonné de l’Art.
Et pourtant… Voici un artiste qui sourd d’une terre presque déserte, recherchant le moment privilégié, et d’une fossilisation, quelques strates, quelques éclats encore possibles… Tout son rôle est de nouer l’innouable. Conscient de l’épuisement de l’Image, il prend également acte de l’étiolement des ressources. Plus de pinceaux, le chevalet rangé dans l’oubli car le monde, ou du moins ce qui en reste, au milieu du danger irréversible d’un déferlement continu d’images, a plus que jamais besoin de repos.
Devant l’indétermination, Ricardo Mbarkho ne prétend à aucune panacée… Que cherche-t-il donc à démontrer ? Les couleurs encore une fois, un regard qui nous rappelle au bercail, une harmonie, une figuration, une voix vespérale et enrouée d’un campanile ? Rien de tout cela…
Il est bien probable que cette image numérique sous les yeux ne chercherait qu’à dépoussiérer la banalité de nos jours pernicieux… afin d’exhumer virtuellement le sensible en le sertissant de neige : l’eau de la vie. Tout s’arrête là, tout est seuil face aux propylées de l’improbable : voilà ce que susurrent les différentes toiles issues de néo-ozotypies et se proposant à la rencontre.
Cet artiste tient absolument à faire surgir les autres rôles secondaires de la machine qui nous régit, en les convergeant vers un rôle principal, seul légitime dans des acceptions peut-être bien humaines et humanistes. Drôles de coïncidences, drôles d’apories dans le contexte mondialiste de la technologie !!!
Afin d’insuffler vie à cette même technologie dans l’univers du sensible, Mbarkho offre son propre langage inédit. Il choisit et traite des textes essentiels, sacrés ou profanes, afin de les transmuer au cœur d’une nouvelle dimension esthétique contemplative. Des matrices colorées retracent alors le sens dans une iconographie schématisée et de tout repos. Bien heureusement ! Nul choc, nulle agression ne viennent perturber l’ensemble qui se gère dans une complétion sereine. Seuls des pixels, vêtus de leur carnation, placent le lecteur à l’orée du résultat de la nouvelle expérience. C’est celle de l’artiste semant à tout vent une harmonie qui se voudrait régulatrice. La machine se met subitement à ressentir, son intention étant par la suite de produire une synesthésie. Tous les flots nivéaux de l’instrument se voudraient donc des grappes d’émotions, tout en douceurs par la dextérité de l’artiste. Un univers peuplé d’oxymores, les flux d’un futur sensible !

 

Au cœur d’un monde qui désormais n’est plus tout à fait le monde, le message émanant de l’ordonnateur est au départ géométrique ou de science physique. Par la présence même de la machine qui se met à frémir, en des inclusions multicolores, noumènes de phénomènes !
C’est encore l’artiste, par une action réfléchie et effective, qui répond à la décantation en imposant une renaissance des émotions, par le biais de l’instrument qui les gouverne et les dirige. Sa manière à lui d’appeler les êtres et dans un cri ultime, à une ré humanisation immédiate avant qu’il ne soit trop tard. Avant l’apocalypse… Par la copulation des couleurs donnée en gage, par l’implosion du texte initial proposé…
Lorsque les mots s’estompent, lorsque les reliefs se confondent dans les concrétions médusantes, seule la technologie, par le ludisme d’un labeur, redonnerait au sensible humain son sens originel.
Des sens qui tonnent de plaisir… un regard qui s’offre au paysage… une palette… l’homme sans doute… Encore le monde ?
A.T. (13 mai 2012)

 

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