Entretien avec Jérôme Pintoux pour ses Interviews d’outre-tombe, en 2011.

Jérome Pintoux, vous publiez un volume d’interviews fictives ? Qu’est-ce que c’est donc ? 
 
C’est un ouvrage à la fois ludique et pédagogique, une initiation à l’histoire littéraire, qu’on a délaissée dans les lycées, qu’on a un peu oubliée.
 
Mais vous avez interrogé des écrivains décédés ? Vous êtes un nécromancien ?
Non, pas du tout. Je n’ai fait tourner aucune table. Je ne suis entré en contact avec aucun «  esprit  »…. Aucun médium ne m’a initié à l’art des tables tournantes ou des «  tables mouvantes  », comme on disait à l’époque de Victor Hugo.
 
Alors comment avez-vous procédé ?
 
Je me suis mis en situation : j’ai joué au pigiste d’un magazine littéraire. J’ai fait semblant de rencontrer des grands hommes du passé et je leur ai posé les questions qui me seraient venues à l’esprit si j’avais vraiment eu la chance de les côtoyer. C’était aussi un challenge pour moi : est-ce que je connaissais assez bien leurs œuvres pour faire à la fois les questions et les réponses ? Parfois la mayonnaise a pris. Parfois elle a tourné… Et l’interview a tourné court…
 
Souvent le questionnaire est interactif ?
 
Oui. Il déclenche sympathie, antipathie, complicité, connivence, rejet, hostilité entre les interlocuteurs. Je m’attendais par exemple à me disputer avec Léon Bloy dont je ne supporte pas l’intolérance, ça a été le cas, mais j’ai été surpris d’avoir de mauvais rapports avec Marguerite Yourcenar, que j’admire tant. Certaines questions lui ont déplu…
 
Quel était votre but ?
 
Faire lire ou relire. D’ailleurs, j’aimerais bien que mes lecteurs me disent quels écrivains mon petit livre leur a donné envie de lire ou de relire. Il faut inciter le lecteur à se plonger dans les œuvres comme dans des océans oubliés, ou méconnus.
J’avais l’intention de remettre au goût du jour des auteurs tombés dans l’oubli, mais mon éditeur, pour des raisons qui se comprennent, a préféré choisir de grandes pointures, Molière, Voltaire, Jules Verne… Il s’agit aussi de retrouver la voix des écrivains disparus et leur style, «  l’inflexion des voix chères qui se sont tues  », pour paraphraser Verlaine.
 
Interviews fictives : le genre peut paraître original ?
 
En fait, il n’est pas nouveau. Je n’ai fait que continuer une longue tradition, tombée en désuétude : les dialogues des morts. A la fin du XVIIème siècle, Fénelon, «  le cygne de Cambrai  », avait déjà mis en scène des gens du passé, deux peintres par exemple, le Lorrain et Poussin. Il les avait fait deviser aux Champs-Elysées sur leurs techniques respectives. Ou encore deux philosophes, ou deux héros d’Homère.
 
On pourrait imaginer une actualisation de ce vieux genre littéraire ?
 
Oui, des dialogues entre Jimi Hendrix et Kurt Cobain, Dali et Miro, André Breton et Robert Desnos, Wagner et Beethoven, John Lennon et Brian Jones, Racine et Corneille, Musset et Vigny, Balzac et Flaubert, Rimbaud et Baudelaire. Mais j’ai préféré aller directement interviewer des écrivains dans l’au-delà. Ce sont donc, la plupart du temps, des interviews d’outre-tombe. Mais je n’ai voulu concurrencer ni le Vicomte, ni ses fameux Mémoires !
 
D’autres projets ?
 
Oui, un deuxième volume, sur le XXème siècle. Ces interviews, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : il y en a 77 dans ce petit livre, mais j’en suis à 1343 !
 
Jérôme Pintoux
Le 7.11.11.

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